Rencontre avec Shimojima Sensei, 8e dan Hanshi : ce qu’un maître japonais nous a transmis

Cet article est réalisé en partenariat avec Damien Benvenuti Photographe (lien instagram en bas) qui a réalisé cette série de clichés incroyables et MP conseil & média pour la production de l'interview de senseï.

Introduction

Il y a des rencontres qui marquent une vie de pratiquant. Lors du stage Kendo Vision en Belgique, auquel j’ai eu la chance de participer cet été, j’ai pu m’entretenir avec Kiyokazu SHIMOJIMA Sensei, 8e dan Hanshi, l’un des plus hauts gradés du kendo mondial. Un moment rare : ce grade, le plus élevé que l’on puisse atteindre, n’est décerné qu’à une poignée de maîtres au Japon.

Originaire de la préfecture de Gifu et pratiquant depuis l’âge de quatorze ans, Shimojima Sensei a accepté de répondre à nos questions sur le vrai kendo, la transmission, et ce qui l’a marqué en observant les pratiquants européens. Voici cet entretien, en vidéo, et ce que j’en retiens.

L'entretien en vidéo

Qui est Shimojima Sensei ?

Kiyoichi Shimojima est 8e dan Hanshi, le grade et le titre les plus élevés du kendo. Il a commencé la pratique à quatorze ans, dans la préfecture de Gifu, au Japon. Cela faisait deux étés consécutifs qu’il venait enseigner en France et en Belgique lorsque nous l’avons rencontré.

À le voir pratiquer, on lui donnerait vingt ans. Interrogé sur son secret pour rester si dynamique, sa réponse tient en une phrase, désarmante d’humilité : « Je ne me trouve pas vieux. »

Son regard sur les pratiquants européens

Ce qui frappe Shimojima Sensei chez les kenshi français et belges, c’est leur sérieux. Il se dit « profondément touché » par leur sincérité. Sur le plan technique, il note une certaine raideur, qu’il attribue au fait que beaucoup commencent le kendo à l’âge adulte, contrairement au Japon.

Mais c’est sur le terrain de l’étiquette et des manières que son constat surprend le plus : à l’extrême, dit-il, les Occidentaux sont parfois « plus admirables que les Japonais ». Une remarque qui interroge l’idée reçue selon laquelle seuls les Japonais pourraient comprendre le vrai kendo. Pour lui, les étrangers en sont capables.

Un étranger peut-il devenir 8e dan ?

La question est sensible. Pour Shimojima Sensei, la réponse est claire : oui, et « assurément dans un avenir proche ». Il fait un parallèle éclairant : autrefois, les femmes japonaises n’accédaient pas non plus au 8e dan. Aujourd’hui, elles sont nombreuses à se présenter, et bientôt certaines l’obtiendront. La même porte s’ouvrira pour les étrangers.

Mais il pose une condition essentielle : rester humble. Devenir un pilier ne dispense de rien. « Il faut garder le désir de devenir encore plus fort », sans quoi le grade ne vaut rien.

Même en devenant un pilier, il faut rester humble, sans arrogance ; il faut garder le désir de devenir encore plus fort.

Le vrai kendo : au-delà de la vitesse

Shimojima Sensei distingue nettement ateru (chercher à toucher par la seule rapidité) et utsu (la véritable coupe, menée jusqu’au bout). Toucher vite, dit-il sans détour, c’est « un produit bas de gamme ». Le vrai kendo consiste à frapper droit, en cherchant le hasuji, la ligne de la lame.

À son niveau et à son âge, la vitesse et la détente ne comptent plus. Tout devient affaire de seme, la pression, et de tame, cette énergie retenue si difficile à mettre en mots. Un de ses partenaires du jour lui a confié la sensation d’être « aspiré » face à lui. Son secret pour cultiver cette présence ? « Seulement la concentration. »

Gagner, oui, mais avec honneur

Gagner fait partie des joies du kendo, reconnaît-il volontiers. Mais la question n’est pas de gagner : c’est de savoir comment on gagne. Pas par tous les moyens, mais loyalement. Il cite un adage japonais qui résume toute une philosophie de l’enseignement :

Être réprimandé pour une victoire, être loué pour une défaite.

Un bon enseignant, explique-t-il, réprimande un mauvais combat même gagné, et félicite un beau combat même perdu. Mais tout est affaire de discernement : certains élèves ont besoin d’être repris, d’autres perdent courage si on les réprimande. Regarder l’individu, et enseigner avec bienveillance plutôt qu’avec colère : voilà, pour lui, ce qui est vital chez un professeur.

Le message qu'il nous laisse

Interrogé sur ce qu’il voudrait transmettre aux pratiquants français et belges, Shimojima Sensei offre une formule d’une justesse rare, qui condense tout l’esprit du kendo :

Réfléchir quand on frappe, remercier quand on est frappé.

Réfléchir quand on frappe : même si le coup porte, il y avait peut-être une meilleure manière. Remercier quand on est frappé : voir que l’adversaire vient de nous enseigner où se trouve notre faiblesse. Le kendo, rappelle-t-il, est aussi la discipline que l’on peut poursuivre le plus longtemps, à deux au minimum. Pouvoir continuer à pratiquer même en vieillissant, c’est peut-être ce qu’il y a de plus beau dans cette voie.

Une galerie de photos exceptionnelles
par damien benvenuti

Envie de découvrir le kendo ?

À l’Union Kendo des Falaises, nous accueillons les débutants comme les pratiquants confirmés, à Octeville-sur-Mer le jeudi et à Fontaine-la-Mallet le samedi. Deux cours d’essai gratuits, matériel prêté : venez ressentir par vous-même ce qui anime cette voie martiale.

Retour en haut